La grand-messe du hacking est dite. Comme tous les
ans, elle s'est déroulée à Las Vegas, la ville du péché. Du 2 au 7
août, ils étaient 7 000 à s'être rassemblés au vénérable Caesar's Palace Hotel
pour assister au Black Hat, l'une des références mondiales en matière
de sécurité informatique. En guise de bonus, ces passionnés peuvent
maintenant assister au DefCon, le pendant « underground » du Black Hat, qui se tient jusqu'au 16 août.
Cette
année, le menu était particulièrement chargé, avec notamment la
présentation et l'explication d'une faille de sécurité majeure sur
Internet, découverte il y a quelques semaines par Dan Kaminski, un
consultant installé à Seattle. En résumé, la faille touchait ce que
l'on nomme communément le domain name system (DNS), qui utilise un réseau de serveurs pour connecter les ordinateurs aux sites Internet. Concrètement,
une telle configuration aurait pu permettre à des hackers
malintentionnés (car il en est parfois) de forcer des internautes à
consulter des sites non désirés mais aussi et surtout d'intercepter des
e-mails. Depuis la révélation de cette faille, Microsoft, Cisco, Sun et
Apple se sont empressés, parfois de manière incomplète selon certains
experts, de corriger le tir. Officiellement, seul l'opérateur américain
ATT aurait eu à souffrir d'une attaque de ce genre. La mafia russe dans ses œuvres
Dans
un registre connexe, la mafia n'a pas manqué de pointer une fois de
plus le bout de son nez. Bienvenue donc dans le monde fabuleux des « botnets »
(réseaux de machines zombies). A l'aide d'un programme baptisé
Corefood, les malfaiteurs avaient réussi à s'introduire dans plus de
100 000 ordinateurs, à partir desquels ils pouvaient alors s'adonner à
leur sport favori : dérober les mots de passe et voler des informations. La
tête de pont de l'opération était située dans le Wisconsin. Mais, après
la découverte du pot aux roses, les pirates se sont réfugiés sur des
serveurs installés en Ukraine pour continuer à sévir en toute impunité,
loin des Etats-Unis. Selon Joe Stewart, directeur de recherche à
SecureWorks, qui a révélé l'affaire, en moins d'un an, les ordinateurs
infectés auraient collecté près de 500 Go de données, qui auraient pris
le chemin du Wisconsin. Autre point fort de ce Black Hat 2008 :
un rendez-vous manqué, celui que s'étaient fixé les organisateurs avec
des ingénieurs en sécurité d'Apple. A la dernière minute, ceux-ci ont
dû annuler leur intervention, n'ayant pas obtenu l'aval de la direction
marketing du groupe informatique.
Deux experts, Robert Hansen, de
SecTheory, et Tom Stracener, de Cenzic, se sont employés à démontrer
les dangers inhérents à l'utilisation de ces petites applications,
symboles du Web 2.0, comme les gadgets Google. Souvent développés à
l'extérieur de Google, ces programmes s'ajoutent à iGoogle, le portail
personnalisable de la marque. Mais gare… car quelques lignes de codes
malicieux pourraient suffire, indiquent les deux experts, à pénétrer
dans le navigateur Web d'un internaute et à vérifier voire à contrôler
en temps réel l'état de ses recherches. Enfin, pour l'anecdote,
trois journalistes français de Global Security Mag ont été bannis à vie
du Black Hat et, par voie de conséquence, ne pourront pas non plus
assister au DefCon. Leur crime : avoir « sniffé », c'est-à-dire avoir
tenté de récupérer des données d'utilisateurs, à leur insu, sur le
réseau sans fil de la salle de presse du Black Hat. Mais ce qui n'était
qu'une simple plaisanterie, aux dires de l'un des trois accusés, a
semble-t-il été perçu comme une humiliation suprême dans ce temple
éphémère du hacking. |